#1 [↑][↓]  07-03-2019 10:46:57

philouplaine
Copilote
Lieu: Toulouse
Date d'inscription: 07-06-2010
Renommée :   52 

[Réel] ArchéoAéro–L’aviation japonaise vue par les Américains en 1943

Archéologie Aéronautique?
Qu’est-ce donc ? Comme en archéologie, on fouille ... dans les vieux numéros des revues spécialisées d'il y a 80-90-100 ans, pour dénicher des choses intéressantes (j'espère) à raconter ...


Cher(e)s ami(e)s,

Tiens, un titre qui rappelle quelque chose ... il y a quelques semaines je vous présentais la traduction d’un article paru au début de 1944 dans le mensuel américain FLYING sur la Luftwaffe, bref l’armée de l’air nazi et ses pilotes vus par les américains pendant la guerre ... ici ... Or voici que, un an auparavant, en février 1943, le même mensuel FLYING avait publié un article sur l’autre ennemi des Etats-Unis: l’armée de l’air japonaise. D’ailleurs, le titre de l’article est tout simplement : "The Enemy", c’est tout dire ! Ce qui est particulièrement intéressant, à mon sens, dans cet article de 1943 c’est que, très probablement, il a été rédigé deux-trois mois avant, c’est à dire fin 1942, donc à peine un an après l’attaque infâme de Pearl Harbor. Et déjà, les Américains sont sûrs de la victoire finale ! Entre temps, c’est vrai, il y a eu Midway et le début du recul général sur tous les fronts des armées de l’Empereur ! J’ai pensé que cet article américain  rédigé en pleine guerre pourrait vous intéresser dans sa traduction en français tant par son aspect historique que par les informations très rarement vues ailleurs dont il est émaillé.

Bonne lecture !
Philippe

Couverture du magazine mensuel FLYING de février 1943 contenant, en page 100 et suivantes,  l’article sur l’aviation japonaise.

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Traduction de l’article de la revue mensuelle FLYING de février 1943

L’ENNEMI
THE ENEMY



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En-tête de l’article de Flying. Légende de la photographie : Il est dur, brutal et fanatique. Mais nos pilotes de l’Aéronavale ont déjà repéré presque toutes ses faiblesses.

Avant Pearl Harbor, le public américain avait une idée bien ancrée du japonais moyen. C’était un petit homme sec, au teint très jaune, avec des dents bien visibles quand il souriait, et portant une paire de lunettes aux montures en écailles de tortue. Sa politesse est onctueuse, il est toujours souriant et il a la désagréable habitude de ricaner souvent quand il parle. Bien évidemment, ce n’était pas vraiment une image flatteuse, aussi la plupart de nos compatriotes affichait alors un petit sourire condescendant quand on leur parlait du "péril nippon".

Mais aujourd’hui cette image a bien changé. Le concept de petit homme jaune inoffensif s’est, trop tardivement, brisée face à la réalité. Les japonais qui, il y a quelques années encore, étaient le sujet favori des caricaturistes dans nos journaux, nous sont devenus l’une des races les moins plaisantes de tous les temps.

Comme la guerre actuelle du Pacifique se joue principalement dans les airs, il nous a semblé utile de faire le compte-rendu le plus objectif possible du pilote japonais (NdT - Attention cher lecteur ! le qualificatif "objectif" est ici à prendre avec des pincettes car cet article, comme toutes les publications américaines destinées au grand public, était « relu » par les services de la propagande américaine). Quel genre de pilote est-il ? Les pilotes américains de retour du théâtre des opérations sont unanimes pour dire que leurs adversaires sont, sans être des supermen, tout sauf inoffensifs. Il faut bien convenir qu’au début de cette guerre, nous n’en savions pas beaucoup sur eux.

Nos pilotes trouvent que les pilotes japonais sont remarquablement bien entraînés, montrant beaucoup d’endurance au combat, ce qui est vraiment surprenant de la part de tels gringalets, et, ce qui est beaucoup plus dangereux, ce sont des fanatiques endoctrinés dans un seul but : tuer et tuer encore.  Comme l’a dit récemment le commandant bien connu d’une des escadrilles de notre Aéronavale en parlant de sa toute première sortie de combat contre les japs :

"Nous n’avions strictement aucune idée quel genre d’avion ni quel genre de pilote nous allions combattre. Nous ne savions qu’une chose avec certitude : les pilotes japonais sont très disciplinés en combat aérien. Nous nous doutions qu’à cause de leur fanatisme, ils combattraient probablement jusqu’au dernier et qu’ils n’abandonneraient jamais un combat qu’ils ont engagé, quitte à y passer tous."

Un bon exemple de l’obstination combative des pilotes japonais dans les premières batailles de la guerre est celui que nous donna un pilote d’hydravion monoplace très lent. Alors que son rôle était de la reconnaissance, il attaqua, seul, toute une escadrille d’avions de bombardement et des lanceurs de torpilles de notre Aéronavale. Après avoir mitraillé tout ce qui était en vue et infligé des dommages considérables à lui tout seul, il n’hésita pas, et ce fut là son erreur, d’attaquer ensuite, toujours seul, une escadrille de chasseurs avec son petit monoplace biplan. Le Lieutenant Noel Gayler, qu’il attaquait, répliqua et l’abattit d’une seule courte rafale de ses canons.

J’aimerai aussi citer ce que pensent nos alliés britanniques du caractère nippon. Dans l’un des derniers numéros de la revue britannique Aeroplane, un pilote britannique, qui a vécu comme attaché militaire quelques temps avant-guerre au Japon, écrit ceci :

"Les japonais sont généreux et vraiment hospitaliers, et ils feront tout pour ceux qui les servent bien. Mais dans les relations d’affaire, ils sont pleins de bon sens mais prêts à toutes les roueries possibles. Bien qu’assez lents à comprendre, ils ont beaucoup appris des allemands et sont, comme eux, excellent en organisation. La pitié semble leur être totalement inconnue, et la civilisation n’a pas réussie, après une centaine d’années, à éliminer de leur nature une tendance nette à la cruauté, surtout en ce qui concerne le traitement des animaux. (NdT - Cette phrase est assez étonnante. En ce qui concerne les animaux, il suffit de se promener un peu dans Tokyo pour y voir quantités d’autels érigés à des chiens en référence à leur fidélité) A ce titre, je n’oublierai pas une chasse aux lièvres organisée en mon honneur par des officiers japonais. Avec mes collègues, nous n’avons rien pu faire pour éviter un spectacle ignoble et révoltant qui eut lieu lors de cette chasse. Dans un petit champ de maïs, des filets avaient été tendus. Trois lièvres d’élevage furent alors relâches dans le champ. Les officiers japonais accompagnés de pas moins d’une centaine de soldats se mirent en ligne et avancèrent ainsi dans le champ. En même temps, ils chantaient à tue-tête. Les trois lièvres effrayés vinrent très vite se bloquer dans les filets. Ils n’avaient aucune chance d’échapper. Le plus gros des trois fut pendu, tête en bas, dans un arbre et il y fut laissé jusqu’à sa mort. Un officier prit l’un des deux autres par les pattes arrière, il le montra à tout le monde puis il le lança haut dans les airs. Le lièvre en retombant s’évanouit. L’officier le reprit et, en  riant, le relança dans les airs ... et ainsi de suite (...) Les japonais sont par nature très industrieux et fortement curieux. Malgré une absence presque totale d’inventivité, ils sont d’excellents copieurs et surtout ils considèrent que l’honnêteté n’a rien à voir dans les affaires. C’est ainsi qu’il y a quelques années, une Société britannique passa une grosse commande de crayons à une Société japonaise. Ils furent fabriqués et livrés en temps et en heure. Lors de la réception, les britanniques ouvrirent l’une des caisses, puis l’une des boîtes de crayons que la caisse contenait. Extérieurement il n’y avait aucune différence visible avec le crayon-modèle que les japonais leur avaient envoyé. Mais à l’utilisation il apparut que la mine des crayons n’avait pas été placée sur toute la longueur du crayon. Il n’y avait un tout petit bout de mine qu’aux deux extrémités du crayon. Malheureusement, ce ne fut découvert que trop tard, les crayons étaient déjà livrés chez les papetiers anglais (...) Le japonais est un petit homme robuste qui peut vivre dans un grand inconfort et dans des épreuves difficiles. Il n’est pas facile d’évaluer avec précision l’âge d’un japonais, les femmes paraissent plus vieilles et les hommes plus jeunes qu’ils ne sont."

Voilà ce que disait cet anglais après son séjour au Japon avant-guerre. Pour en revenir au pilote japonais, son efficacité dans le combat aérien repose beaucoup plus sur l’entraînement et la répétition des manœuvres groupées que sur ses capacités individuelles. Les forces aériennes qui ont attaqué Pearl Harbor, les Philippines, Guam, Wake, Midway, les îles Solomon et les autres îles du Pacifique avaient été entraîné à faire cela depuis des années et selon des plans très précis qui ne laissaient aucune place à l’improvisation. Tous les mouvements avaient été soigneusement prévus longtemps à l’avance, répétés et répétés encore. Toute la stratégie et les éléments individuels tactiques avaient été discutés et rediscutés pour évaluer les possibles faiblesses des plans d’attaque. Et malgré toute cette préparation, échelonnée sur des années, le succès indéniable de ces attaques ne fut jamais aussi total qu’il aurait dû.

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Traduction de la légende : Carte japonaise capturée de Pearl Harbor montrant de façon claire et parfaitement identifiée les cibles idéales dans le port.

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La même carte comparée avec les positions réelles des navires américains le jour de l'attaque.

Lors de l’attaque de Pearl Harbor, les japs nous causèrent de graves dommages sans trop de pertes car il n’y eut pratiquement aucune opposition du fait de l’effet de surprise totale. Mais sur l’île de Wake, une petite garnison de Marines tint tête avec succès à une force japonaise bien plus nombreuse lui infligeant de fortes pertes. Le plan japonais n’avait pas prévu cette résistance ! Pensez donc, une petite troupe de 450 US Marines tint tête pendant quinze jours à une flotte japonaise amenant 2 500 soldats. 52 soldats américains y perdirent la vie et 12 avions américains furent détruits au sol, mais 445 soldats japonais furent tués et 28 avions japonais abattus. L’effet de surprise aurait dû aussi agir puisque le premier assaut eut lieu le 11 décembre 1941.

Ne parlons pas de Midway où une très puissante force d’attaque japonaise fut brisée sans gagner quoi que ce soit. Lors de cette bataille, les forces combinées de la Marine, de l’Aéronavale et de l’Armée américaines se regroupant et reprenant tout à coup une vigueur et un élan semblables au retour dans le jeu d’un arrière de Notre-Dame, lézardèrent fortement l’impression d’invincibilité des japonais qui y laissèrent une trentaine de navires coulés dont quatre porte-avions. Nos pertes furent considérablement plus petites, un seul de nos porte-avions fut coulé. 3000 japonais y perdirent la vie contre un peu moins de 300 américains. Rappelons qu’à l’attaque surprise de Pearl Harbor, 3581 américains furent mis hors de combat et 347 de nos avions détruits contre seulement 64 japonais tués et 29 avions japonais abattus.

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Un Avenger au départ.

Dans le combat aérien, le pilote japonais a du mordant, il est courageux mais manque totalement d’esprit d’initiative, sauf deux ou trois as pas plus. À de nombreuses occasions, nos pilotes ont constaté que les pilotes japonais restaient en formation serrée alors qu’il aurait bien mieux valu pour eux d’éclater leur formation. Tant que son ennemi agit selon les manœuvres habituelles, le pilote japonais est dangereux car bien entraîné à faire face, mais s’il rencontre au cours du combat une situation de vol totalement inattendue, il adopte alors pendant quelques secondes un vol rectiligne et devient une proie facile. De plus, nos pilotes ont constaté systématiquement que dans le cas où le chef de groupe japonais est abattu, tous les autres pilotes japonais cessent aussitôt le combat et s’enfuient pour regagner leur base, devenant du même coup des proies faciles pour nos chasseurs car ils fuient et ne se défendent plus. On pense que cela vient du fait de leur méthode d’entraînement qui étouffe l’individualité, et aussi, peut-être, du fait que seul le chef d’escadrille connait tous les détails de la mission en cours.

L’un des pilotes anglais qui fit partie de la British Air Mission de 1921 envoyée au Japon pour y former une Ecole de l’Air, parlait ainsi des pilotes japonais :

"Je considère que le pilote japonais est très bon. Il est constant et fiable, je pense que leurs aptitudes de vol sont élevées. Très peu des pilotes sortent du rang, vraiment très peu. Mais très peu aussi sont très mauvais. Le défaut majeur du pilote japonais est qu’il ne réagit pas assez vite à une situation de vol inattendue. La panne en vol aboutit presque toujours à un crash."

Lors de la bataille de Midway, le chasseur aéroporté Zéro était sans conteste meilleur que nos avions. Il manœuvrait mieux, tournait plus vite, montait plus vite et était capable de combattre à de hautes altitudes. Malgré tout, les pilotes américains sur leur Grumman F4F Wildcat, a priori dépassé par le Zéro, arrivaient à les battre et à les détruire en plus grand nombre que leur propre perte. Souvent d’ailleurs, les pertes américaines avaient lieu en début de combat. Il y a d’excellentes raisons pour cela. Le F4F est un avion plus fortement armé et capable d’encaisser de nombreux coups sans trop perdre ses capacités de vol. De plus, il est équipé de réservoirs auto-obturant qui évitent toute explosion en vol. (NdT : les japonais trouvèrent assez vite le point faible des F4F, leur ventre, et ils prirent l’habitude d’attaquer par le dessous les formations de F4F d’où les pertes importantes en Wildcat essentiellement au début du combat. Dans la suite du combat, les Wildcat tiraient les japonais comme des lapins.) Mais ce sont surtout nos pilotes qui firent merveille et obtinrent la supériorité aérienne. Des pilotes comme Edward O’Hare, Jimmy Thach, Noel Gayler, et Elbert McCuskey très vite tirèrent les japonais comme dans un champ de foire.

La raison de ces défaites aériennes répétées des japs est peut-être simplement physiologique. Le jap est de constitution faible, ce n’est pas un athlète. Pendant des années, avant-guerre, les japs eurent l’idée fixe de créer une équipe de base-ball, un jeu qu’ils apprécient beaucoup, mais pas n’importe quelle équipe, ils voulaient la meilleure. Tous les enfants du pays ayant atteints l’âge de 5 ans reçurent alors chacun une batte Fungo ainsi qu’une balle. Puis ils suivirent un programme hebdomadaire très rigoureux d’apprentissage du base-ball. Dès qu’un groupe de neuf hommes se formait dans un parc, ils pratiquaient aussitôt le base-ball. Tous les Japonais se mirent d’un coup à jouer comme des malades au base-ball. Très vite aussi, l’esprit nippon aidant, ils pensèrent pouvoir battre n’importe quel adversaire, tellement leur entraînement était intensif. C’est à ce moment qu’ils invitèrent l’équipe des Yankees à venir jouer fin 1934 une vingtaine de matchs au Japon. Les japs étaient impatients de jouer, certains d’assister à une formidable raclée. Ils ne furent pas déçus.  Les puissants joueurs américains foncèrent dans les joueurs japonais, des gringalets, et les bousculèrent littéralement. Les Yankees lançaient des boulets de canon sur le pauvre batteur nippon qui était incapable de relancer efficacement la balle et, quand les américains tenaient la batte, ils envoyaient les balles aux quatre coins du Japon sans que les attrapeurs japonais puissent y faire grand chose. Ce fut un massacre et une cuisante humiliation pour les japs. Dans les années qui suivirent, jusqu’au déclenchement des hostilités d’ailleurs, ils continuèrent à pratiquer le baseball mais avec des ambitions bien plus limitées.

L’adresse au tir des japs est plutôt faible. C’est là l’un des principaux défauts du soldat japonais, il tire mal. Et cela s’applique autant au soldat d’infanterie, qu’au servant d’une batterie de DCA ou, et c’est plus grave, au pilote de chasse. On trouve souvent dans les rapports officiels de nos pilotes, écrits juste après la bataille de Midway, des phrases du genre :

"Malgré la supériorité encore une fois constaté du chasseur Zéro, les succès contre les formations de Zéro sont dus (...) à une précision de tir des japonais beaucoup plus faible que la nôtre (...) à des fautes de pilotage à peine digne d’un débutant de la part de certains pilotez de Zéro (...) à une réelle supériorité de précision de tir et de manœuvre de nos chasseurs (...) à la solidité du Wildcat qui est capable d’encaisser de nombreux coups et de voler malgré tout, contrairement au chasseur Zéro qui est très vulnérable."

C’est devenu un cliché de dire que les japs sont des copieurs, que leur force réside dans la façon habile avec laquelle ils savent rapidement imiter non seulement du matériel mais aussi des idées qui sont nés à l’étranger. Ce cliché, nous avons appris hélas à nos dépens qu’il n’était pas toujours vrai. Cependant, nos pilotes sont unanimes pour avoir remarqué un fait désormais bien établi, après un peu plus d’un an de guerre aérienne. Les pilotes japonais sont entrés dans ce conflit du Pacifique avec toute l’expérience du combat accumulée pendant les années précédentes lors du conflit avec la Chine. On aurait pu penser alors qu’ils avaient une expérience supérieure à la nôtre. Malgré cela, il est clairement apparu à nos pilotes que les japs changeaient assez vite et, surtout, améliorer leurs tactiques de combat en ... imitant les nôtres tout simplement.

Le génie des japonais à imiter a été, en une occasion, vraiment contre-productif. Il y a une dizaine d’années, un chantier naval écossais avait beaucoup de mal à se faire payer du gouvernement japonais les avances qu’il réclamait pour la construction d’un cuirassé destiné à la marine japonaise. Les choses en vinrent à un tel point que les Ecossais, lassés, décidèrent de répondre au mal par le mal. Ils envoyèrent alors au gouvernement japonais les plans complets pour un autre bâtiment avec, semblait-il, une ligne épurée révolutionnaire. Mais, ils avaient introduit quelques faiblesses structurales volontaires que seul un œil particulièrement averti et compétent, qu’ils savaient ne pas exister encore au Japon, pourrait détecter : le centre de gravité du bateau était un poil trop bas si bien que, une fois mis à l’eau, le navire se retournerait et ne pourrait pas flotter. C’était mathématique. Or les japonais ne sont pas de bons mathématiciens. Les japonais furent très excités quand ils reçurent ces plans complets et très détaillés, ils n’en revenaient pas. Ils décidèrent alors de photographier un par un tous les éléments du plan avant de les renvoyer au bureau d’étude du chantier naval écossais avec un commentaire navré et poli. Puis, avec les plans copiés, ils se mirent tout aussitôt à construire ce bateau. Vint le jour du lancement du nouveau navire, une foule importante s’était rassemblée. Quelqu’un, une personnalité, cassa une bouteille de champagne sur la proue nouveau navire. Et aussitôt, la gigantesque coque glissa dans l’eau très majestueusement. Lancé sur son rail, qui le menait en pente douce dans l’eau de la baie de Tokyo, le navire accéléra, accéléra encore et, quand il atteint l’eau avec une bonne vitesse, il continua tout droit ... mais sous l’eau où il disparut au fond sans jamais avoir un seul instant flotté. La foule se dispersa avec énormément de rancœur contre le constructeur japonais sur lequel cette "faute d’honneur" retomba.

Depuis le début de la guerre du Pacifique, les japs n’ont pas essayé de copier nos chasseurs. Il y a eu, cependant, une assez forte discussion au sein de nos pilotes dans les premiers mois de la guerre pour savoir s’il fallait ou non enlever les éléments de blindage du F4F Wildcat, afin qu’ainsi allégé il puisse suivre les Zéro dans leurs manœuvres ascensionnelles (NdT : Pour vous donner une idée de cette différence, le F4F Wildcat pesait près de 3  tonnes à vide et le F6F Hellcat un peu plus de 4 tonnes, alors que le Mitsubishi A6M Zero ne pesait que 1,7 tonnes à vide). Mais comme l’on dit de nombreux pilotes : « Tout pilote qui a vu de près un avion japonais exploser à la première rafale bien placée ne voudra à aucun prix enlever les éléments de blindage de son avion !» (NdT : l’as japonais Saburo Sakai déclarait dans une interview de 1975 à la télé japonaise que les pilotes japonais appelaient entre eux le Zéro : l’allumette ! C’est tout dire). La verrière blindée du cockpit du Wildcat a surtout été très appréciée des pilotes. A de nombreuses reprises, le tir ennemi touchait la verrière, elle n’était jamais percée. En une occasion, une rafale de mitrailleuse de 7,7 mm de calibre toucha une verrière de Wildcat avec plusieurs points d’impact. La verrière ne cassa pas.

Le plus difficile pour nos pilotes en ce moment est de pouvoir atteindre la manœuvrabilité des Zéros. Souvent, dans un combat tournoyant entre un Wildcat et un Zéro, le Wildcat est le premier à décrocher et, donc, à se faire mitrailler. Mais ce qui fait la différence dans tous ces combats, c’est aussi la force physique du pilote. Un pilote japonais moyen pèse à peine 60 kg, plutôt 55 kg,  alors que le poids moyen d’un de nos jeunes pilotes est de 75 kg. Du coup, le poids total d’un Zéro avec son pilote sera toujours beaucoup plus petit que celui d’un de nos avions de chasse, d’où de meilleures qualités en manœuvres aériennes.  Mais il n’y a pas que cela qui concoure à faire du Zéro un formidable ennemi. Ce sont des années de mise au point méticuleuses qui ont permis aux japonais de prduire un avion tel que le Zéro. Cet avion est très léger et, surtout, sa ligne a été dessinée avec minutie pour gagner en vitesse le plus possible. Le rivetage des pièces métalliques externes aussi a été prévu pour la vitesse, les têtes de rivet sont même profilées !

Contrairement à ce qui est habituellement dit dans la presse, il existe plusieurs types de Zéros. Ils sont de si dangereux adversaires dans les combats tournoyants que nos pilotes de l’American Volunteer Group en Chine qui volent sur Curtiss P-40 ont trouvé que la meilleure tactique de combat contre les Zéros était de faire une seule passe à toute vitesse sur une formation de Zéro en l’arrosant avec ses mitrailleuses de 12,7 mm, puis de rompre immédiatement le combat en fuyant à toute allure. Pas très glorieux mais très efficace.

Le dernier modèle de Zéro apparu récemment est appelé par nos pilotes le « Zéro Nagoya ». Il est plus rapide, plus long et plus fin que les versions précédentes. Il est surtout mieux motorisé. Mais il a, semble-t-il, perdu un peu en agilité dans les manœuvres.  Mais les Zéro, quelle que soit la version, présente tous les mêmes défauts : le système du carburateur est de mauvaise conception. Le moteur Nakajima Sakae a tendance à toussoter et même à s’arrêter dans des conditions de G négatifs. Le Zéro dans une manœuvre de plongée se comporte aussi très mal. Les cas où, pour poursuivre un Wildcat qui piquait, le Zéro se mit en survitesse et se désintégra en vol sont nombreux. Enfin, leurs aérofreins sont totalement inefficaces. C’est très souvent que le pilote américain sur Curtiss P-40 ou le pilote de l’aéronavale sur Grumman a réussi à s’échapper indemne d’un combat dangereux avec un Zéro en plongeant. Le Zéro ne suit pas ou ne peut pas rattraper son adversaire dans un piqué.

Tout récemment, un chasseur Zéro est tombé intact ou presque dans nos mains dans les îles Aléoutiennes (NdT : il s’agit du fameux "Zéro d’Akutan" qui a été abattu par la DCA amériaine de l’île d’Akutan le 3 juin 1942. Le pilote, le jeune Tadayoshi Koga (20 ans), a tenté de le poser sur une surface plane au centre de l’île mais qui s’est avérée être une tourbière. A peine les roues ont touché le sol que l’avion a capoté tuant net son pilote. Mais il n’a pas pris feu et il était quasiment intact quand les américains l’ont récupéré. Il sera remis en état et testé pendant 6 mois par l’Armée de l’Air américaine). Nos pilotes ont pu l’essayer une fois remis en état de marche.

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Traduction de la légende : Après s’être crashé dans les Aléoutiennes (image du bas), ce Zéro a été réparé et testé en vol par des pilotes d’essai de l’USAAF. Dans des combats simulés avec nos avions, au moins l’un de nos nouveaux chasseurs embarqués s’est avéré être supérieur au Zéro dans toutes les situations.

Comme nos chasseurs, c’est un avion totalement métallique composé d’acier et d’un aluminium de très haute résistance. L’appareil en notre possession est étonnamment léger, il mesure exactement 9 m de long et 12 m d’envergure. Les ailes présentent une charnière à 60 cm de leur extrémité qui permettent de les replier, le Zéro est un chasseur embarqué. C’est un avion stable et facile à piloter. Il peut atteindre des pointes de près de 535 km/h. Un défaut aérodynamique exploitable par nos pilotes a été trouvé pendant ces essais.  En-dessous de 320 km/h, le Zéro est très doux aux commandes, il répond avec facilité sans que le pilote ne fasse de gros efforts sur les commandes de vol. Mais, au-delà de 360 km/h, les ailerons et la gouverne se raidissent très fortement d’un coup. Le pilote doit alors faire de gros efforts sur les commandes de vol pour manœuvrer. A tel point d’ailleurs, qu’il devient presqu’impossible de faire un tonneau. Ce Zéro récupéré a aussi permis de constater qu’en plongée, presqu’immédiatement, le Zéro devient très difficile à gouverner et que des vibrations très fortes secouent toute la cellule faisant craindre le pire. Ceci explique certainement pourquoi, les pilotes japonais de Zéro ne tentent presque jamais de piquer lors des combats.

Les pilotes des Flying Tigers, de retour de Chine, ont décrit dans leur rapport que le longeron de l’aile du Zéro, qui aurait dû être très résistant, était en fait plutôt défaillant. Ils ont constaté à plusieurs reprises sur des épaves de Zéro abattues que, aussi incroyable que cela paraisse, le longeron avait été scié volontairement pour installer des mitrailleuses supplémentaires. Le cockpit du Zéro est si petit qu’il est clair que le constructeur japonais ne garde que la place minimale pour le pilote. Nos pilotes d’essai les plus musclés ne peuvent pas s’installer aux commandes d’un Zéro tellement le cockpit est petit. Le poids à vide du Zéro est inférieur de plusieurs tonnes par rapport au poids à vide de nos chasseurs. Le moteur est un Nakajima radial à 14 cylindres refroidissement par air qui développe 920 CV. L’hélice est tripale, largement inspirée de nos hélices Hamilton. 

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Le moteur Nakajima Sakae qui équipe les Zéro. En fait, c’est un moteur de conception française : le Gnome & Rhône 14K Mistral Major construit sous licence par Nakajima.

Les Zéros que l’Aéronavale combat dans le Pacifique sont, jusqu’à présent, équipés de deux mitrailleuses de calibre 7,7 mm et de deux canons de calibre 20 mm. Nos pilotes ne redoutent ni l’un ni l’autre. A titre de comparaison, un chasseur F4F Wildcat embarque pas moins de six mitrailleuses Browning de 12,7 mm. Le système de mise à feu est une manette à air comprimé bien inférieure en qualité aux nôtres, elle s’enraye très souvent. Lors des attaques sur nos îles, on a souvent retrouvé au sol des balles japonaises qui n’avaient pas percuté, ce qui indique une piètre qualité des systèmes de percussion. De plus, l’analyse de la poudre de ces balles a montré qu’elle était d’assez mauvaise qualité comparativement à la nôtre, ce qui indique une mauvaise qualité des munitions. On en conclut que le mordant des armes japonaises montées sur les Zéros est bien inférieur à celui des armes de nos chasseurs.

Il faut cependant garder à l’esprit que les capacités du Zéro en manœuvrabilité et en vol ascensionnel sont sans conteste bien supérieures à celles de nos chasseurs. Une manœuvre redoutable de certains pilotes japonais sur Zéro, qui a mis assez souvent nos pilotes en difficulté,  est décrite dans plusieurs rapports que nos pilotes rédigent au retour de chacune de leurs missions de combat. La voici : le pilote américain manœuvre et se place pile dans la queue du Zéro, au moment où le pilote américain va ouvrir le feu, le pilote du Zéro exécute un fulgurant demi-tour à l’horizontal, ce qui le place tout à coup face à face avec son assaillant et il ouvre aussitôt le feu. Une telle manœuvre audacieuse est impossible à réaliser avec nos chasseurs.

Dans un combat où la vitesse des deux combattants dépasse 370 km/h, les pilotes américains se sont vite rendus compte qu’il arrivait fréquemment que le Zéro perde subitement sa manœuvrabilité et soit réduit à l’impuissance. Le Zéro, à de hautes vitesses, n’exécute alors plus aucun virage et se met à voler tout droit à l’horizontale, ce qui en fait une merveilleuse et facile cible. Pour retrouver de la manœuvrabilité, le pilote japonais doit impérativement ralentir, du moins si le pilote américain lui en laisse le temps.

Somme toute, le Zéro est un avion aussi bien conçu pour sa raison d’être, le combat aérien, que n’importe lequel de nos chasseurs. Pour ce qui est des missions d’attaque de bombardiers ennemis, nos pilotes préfèrent de loin les Grumman qui sont beaucoup plus robustes et qui supportent bien mieux le tir des mitrailleuses de défense des bombardiers. Et, en fait, même pour les missions de combat aérien de chasseurs à chasseurs, les dernières statistiques démontrent bien la supériorité du matériel et des pilotes américains. Sur cette première année de guerre aérienne au-dessus du Pacifique, pour chacun de nos chasseurs abattu, ce sont quatre à cinq Zéros qui disparaissent du ciel. Un très bon score. A un tel rythme et sachant que nous allons bientôt obtenir une égalité numérique en chasseur avec les japonais, leur probabilité de gagner cette guerre aérienne va donc aller nécessairement en s’amoindrissant.

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Traduction de la légende : Le bimoteur Mitsubishi est un avion fréquemment rencontré par nos pilotes. La première fois que cet avion apparut au monde occidental, ce fut lors d’une visite de « bonne intention » effectué aux Etats-Unis. Dans une sorte de répétition prophétique, le vol vers les Etats-Unis se fit via la Sibérie Orientale, les Aléoutiennes et l’Alaska (NdT – Il s’agit du bombardier Mitsubishi G3M Nell pour le modèle bombardier ou Tina pour le modèle de transport mis en service en 1936. C’est une formation de ces bombardiers qui coula les cuirassés britanniques Prince of Wales et Repulse au large de la Malaisie le 10 décembre 1941. Le vol de « bonne volonté » dont il est parlé ici était le vol d’un G3M reconfiguré en version de transport de passager immatriculé J-BACI, comme on le devine sur la photo, et baptisé Nippon. Cet avion fit une série de vols transocéaniques, battant des records de vitesse, entre fin août et fin octobre 1939. C’est lors d’un de ces vols qu’il visita les Etats-Unis comme indiqué dans cet article).

Les bombardiers japonais sont très inférieurs aux nôtres. Ce sont tous des bimoteurs, bien qu’il semble que des Bureaux d’Etude Japonais travailleraient à un bombardier quadrimoteur. Le plus connu des bombardiers japonais est le Mitsubishi G4M Betty qui transporte environ 800 kg de bombes et dispose d’un armement défensif comprenant quatre mitrailleuses de 7,7 mm et un canon de 20 mm dans la queue. (NdT - À titre de comparaison,  la flotte des bombardiers américains comprenait en février 1943 des bimoteurs B-25 Mitchell qui pouvaient emporter une tonne et demi de bombes –deux fois plus qu’un Betty – et des quadrimoteurs B-17qui transportaient de 2 tonnes de bombes pour des missions lointaines jusqu’à 8 tonnes de bombes pour des missions à court rayon d’action). Un fait important, presqu’incroyable tant il est stupide, est que sur de nombreuses épaves en bon état de bombardiers japonais abattus, aucun viseur de bombardement n’a jamais été retrouvé.  Cela veut dire que les bombardiers japs ne sont pas équipés de viseur. Incroyable !

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Traduction de la légende : Une fois touchés, les avions japonais explose presque invariablement et se mettent à brûler, comme ce bombardier léger qui a été abattu lors de la Bataille de la Mer de Corail.

C’est un fait désormais établi, les japs ont constamment caché, avant-guerre, le nombre réel de porte-avions qu’ils possédaient et qu’ils construisaient. Il est très probable aussi, du moins de ce que l’on en sait, que les porte-avions fabriqués par les japonais sont de plus grande taille que les nôtres. Malgré la destruction de plusieurs de leurs porte-avions dans les batailles récentes du Pacifique, il est certain qu’ils nous dépassent toujours en nombre de porte-avions disponibles. Malgré cet avantage apparent, les batailles récentes ont démontré que nos porte-avions, même s’ils sont plus petits, embarquent plus d’avions et peuvent les mettre en l’air plus vite que ceux des japonais (NdT – Lors de la bataille de Midway, un porte-avion américain embarquait près de 80 appareils alors qu’un porte-avion japonais pourtant plus grand embarquait 60 appareils. Les pertes de la bataille de Midway ont été de 1 porte-avion, 107 avions sur 360 engagés et 307 hommes tués pour les Américains contre 4 porte-avions, 248 avions sur 248 engagés et 3 057 hommes tués).

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Traduction de la légende : L’équipage du cuirassé Mutsu salue le gros porte-avion Kaga qui a été coulé par nos pilotes de l’Aéronavale le 4 juin dernier.

On a beaucoup écrit récemment sur une nouvelle pratique étonnante des pilotes japs : l’attaque suicide.  On a par exemple retrouvé dans l’épave d’un avion japonais abattu le cadavre du pilote encore assis sur son siège, ses pieds étaient liés aux palonniers par des cordes fortement serrées.

Traduction de la légende : Voici ce qu’on a trouvé dans un avion japonais abattu : des provisions et un équipement d’urgence qui comprend de la nourriture, des bonbons et du whisky (NdT – Cette information est surprenante, on peut se demander pourquoi inclure une telle trousse de survie si richement fournie comme on peut le voir sur la photo si le pilote qui en était équipé ne devait jamais survivre à sa défaite ? Quelquefois, la propagande laisse passer des informations capitales sans trop el savoir ... Qu’en pensez-vous ?)

On commence à entendre, ici et là, qu’on a vu des bombardiers japonais tout d’un coup piquer et continuer tout droit dans le pont du navire attaqué sans qu’aucune tentative de redresser l’avion ne soit tentée. Nos troupes au sol insiste sur le fait que les japs lancent très souvent des attaques furieuses par vagues où tous les soldats japonais sont tués, puis une nouvelle vague est lancée et ainsi de suite dans un épouvantable carnage où nos propres troupes ne souffrent que de pertes mineures et sont accablées d’avoir à faire un tel tir de foire. Dans les combats aériens, cependant, on n’a jamais vu un Zéro se précipiter délibérément sur un chasseur américain. Les pilotes japonais sont peut-être fanatiques mais ils sont bien entraînés et très braves. Et plus que d’attaque suicide, il faut parler aussi d’esprit de sacrifice, tout autant que nos pilotes font esprit de sacrifice quand la situation l’exige. Aucun des deux camps n’a rien à envier à l’autre. D’ailleurs nos pilotes ont souvent remarqué que lorsqu’un pilote japonais se rend compte qu’il est dans une situation inextricable dont il est évident qu’il ne s’en sortira pas s’il continue d’attaquer, il fait alors soudain demi-tour et rejoint aussitôt sa base à toute allure.

Bien entendu, il y a toujours des exceptions. Dans chacun des deux camps, on a assisté à la naissance de pilotes de légende au courage jugé excessif par certains. Mais en ce qui concerne les pilotes de chasse japonais, s’ils ont une tendance au suicide, ils la contrôlent en règle générale. Voici, par exemple, ce qu’on peut lire dans le rapport de mission de l’un de nos pilotes du Pacifique :

"Je me suis retrouvé une fois avec un jap dans une position de combat complètement enchevêtrée, moi essayant de descendre, lui de monter puis aussitôt après chacun de nous dans la position inverse. Un coup j’étais pile au-dessus de lui, à quelques mètres. L’instant suivant c’était lui qui était pile au-dessus de moi. Souvent j’ai vu son visage de près, et lui le mien. Il m’a semblé calme et déterminé mais pas du tout fanatisé ni énervé quand nous nous regardions yeux dans les yeux. Ce petit manège a duré un certain temps puis nous nous sommes dégagé et perdus de vue. Eh bien, à aucun moment il n’a tenté de me rentrer dedans avec son avion, bien au contraire."

Cependant, Il y a de plus en plus de témoignages concordants, tant chez nous que dans la flotte britannique, de bombardiers en piqué japonais allant directement s’écraser sur le pont du navire, sans redresser. Mais, quand on regarde de plus près ces rapports, on constate que dans la majorité des cas l’avion était tellement abîmé en vol par la DCA qu’il était probablement totalement désemparé ou que le pilote avait déjà été tué.

Cette question de la tendance au suicide chez le combattant japonais est importante. D’abord, la possibilité d’être fait prisonnier de guerre n’est pas reconnue par les autorités militaires japonaises. L’état de prisonnier de guerre n’existe tout simplement pas dans l’armée impériale nippone ! Certains pilotes japonais capturés nous ont dit qu’ils avaient bien un parachute mais il leur était ordonné de ne pas le passer et de ne s’en servir que comme coussin sur leur siège. Souvent, le parachute n’avait même pas de courroies. Tout soldat japonais apprend dans sa formation militaire qu’être fait prisonnier est un déshonneur pour lui qui rejaillit sur sa famille et ses ancêtres. C’est un état pire que la mort. Quand un soldat japonais part au combat, il n’a pas vraiment peur de la mort. Il craint plus d’être fait prisonnier. Souvent les frères d’armes japonais se disent entre eux au moment de monter à l’assaut : « Rendez-vous à Yasukini ! » Or, Yasukini est, depuis que l’Empire existe, le sanctuaire de Tokyo où sont vénérés tous les soldats morts pour l’Empire, ceux ayant donné leur vie au nom de l'empereur du Japon.

Un autre exemple. En une occasion, unique à notre connaissance, deux pilotes qui se combattaient au-dessus du Pacifique s’abattirent l’un l’autre. Le pilote américain sauta en parachute, alors que le pilote japonais survivait au crash de son avion dans les eaux du Pacifique et les deux pilotes sautèrent à l’eau. Notre pilote se mit dans son canot de sauvetage autogonflable et commença à pagayer vers son adversaire qui était tout près pour lui venir en aide car il n’avait aucun canot. Arrivé tout près du japonais, l’américain lui demanda : « Voulez-vous monter à mon bord ?». La réponse du japonais fut ... "japonaise". Il avait sur lui un pistolet automatique imperméable. Il mit en joue le pauvre pilote américain désarmé et qui pouvait difficilement se cacher derrière quoi que ce soit et fit feu à plusieurs reprises.  A chaque fois, heureusement pour notre pilote, il manqua son coup. Au bout d’un moment et dans un accès de fureur, le pilote japonais mit son pistolet sur sa tempe et appuya sur la détente. Le coup ne partit pas. Il répéta son geste, à chaque fois le coup ne partit pas. Entre temps, et on peut le comprendre, le pilote américain s’était éloigné. Quand les secours arrivèrent sur les lieux, on ne retrouva pas le jap.

Une autre fois, un destroyer de l’US Navy avait abordé un pilote japonais abattu qui était dans l’eau, pour le secourir.  L’équipe de secours du destroyer lui lança une corde pour le monter à bord. Le japonais, qui donnait l’impression d’être très mécontent, secoua la tête en signe de dénégation. L’équipe du destroyer, croyant que le pilote ne comprenait pas, se mit à lui crier de prendre la corde en faisant force geste. C’est alors que le pilote japonais, en un très bon anglais, dit : « Le lieutenant Tojo refuse ! ». On le laissa alors seul dans l’immensité de l’Océan.

Avec cette attitude face à la reddition, on comprendra qu’il soit très difficile de faire prisonnier un jap. Au cours de combats récents, nos troupes ont remarqué que les japs n’hésitaient pas à combattre jusqu’au dernier. Héroïsme, stupidité, fanatisme ? Néanmoins, et contrairement à ce qui se dit dans le grand public, si une troupe japonaise peut fuir pour reprendre le combat plus tard dans de meilleures conditions et échapper ainsi à la honte de la capitulation, elle prendra sa chance et ne se sacrifiera pas, du moins pas tout de suite.

Nos troupes à terre ont aussi souvent observé que dans le cas où les japs sont coincés dans une situation sans issue, alors oui, plutôt que de se rendre, ils se suicident. Mais ils le font toujours soit quand leur capture devient imminente, soit juste après avoir été capturés et, si possible, en entraînant dans la mort des soldats américains. C’est peut-être de là que vient la croyance que tous les japonais sont des soldats suicide ? Il reste vrai que de très nombreux rapports indiquent avoir observé que, dans les cas où un pilote japonais réussissait un atterrissage sur le ventre après avoir été abattu, il se tirait systématiquement une balle dans la tête au moment où il allait être capturé. Presqu’aucun pilote japonais à ce jour n’a été capturé vivant ! Au Japon, tout soldat japonais manquant est présumé mort. Une urne est faite dans laquelle on place des cendres. L’urne est envoyée à la famille du soldat disparu avec un certificat du Haut-Commandement qui certifie que ces cendres sont celles du soldat, même quand le corps n’a pas été retrouvé. Un mensonge d’Etat ! Mais il semble que tout le monde soit content comme ça là-bas.

Un des très rares pilotes japonais faits prisonnier vivant, voulait bien tout dire aux officiers de l’intelligence sauf son nom, tellement il craignait que le bruit de sa capture ne s’ébruite et n’atteigne le Japon où alors sa famille aurait beaucoup souffert à cause de lui. Interrogé sur la perception des pilotes américains par les pilotes japonais, il répondit qu’ils les trouvaient courageux et très adroits. Interrogé sur les avions américains, il répondit que les pilotes japonais préféraient le Zéro car, au moins, la possibilité de survivre et d’être capturé était beaucoup plus faible avec un Zéro qu’avec un avion américain.

On trouve aussi des pilotes suicide dans nos rangs. Le lieutenant John Powers, pilote d’un bombardier en piqué, disait à tout le monde, avant la bataille de Midway, que s’il était touché par la DCA alors il ferait en sorte de volontairement s’écraser sur le pont d’un porte-avion.  Et ce qu’il fit pendant la bataille. Le Président Roosevelt a parlé du fait d’arme du Lieutenant Powers comme d’un "acte d’héroïsme".

Comme dans les Jeux Olympiques où l’esprit combatif des jeunes athlètes américains a été capable de bousculer presque tous les adversaires, la guerre du Pacifique sera aussi le théâtre de la défaite du Japon face à nos jeunes hommes déterminés et à l’esprit vainqueur. Mais l’esprit ne suffirait pas s’il n’y avait pas aussi le meilleur équipement, les meilleurs avions, la puissance industrielle colossale de notre jeune Nation. Depuis des années, les japonais se sont privés de presque tout pour édifier petit à petit une énorme puissance matérielle militaire. Avec l’état d’esprit militaire de l’ensemble du pays, cette puissance et ce peuple ont eu l’avantage sur nous les trois-quatre mois qui suivirent Pearl Harbor. Et malgré cette puissance si difficilement accumulée, ils furent balayés du Pacifique à Midway, six mois tout juste après Pearl harbor. L’élan de leur armée a commencé alors à refluer. Et suite à cette victoire, notre Armée et les US Marines ont alors, avec l’aide de l’US Navy et de l’Aéronavale, entamé un vaste mouvement de reconquête, île après île, repoussant sans arrêt les troupes japonaises qui n’ont plus, depuis, effectué une seule offensive.

On peut donc en conclure avec une certitude mathématique que la victoire de Midway marque le début d’une offensive qui atteindra nécessairement son objectif final tôt ou tard.

FIN




Un dessin retrouvé dans le cockpit d'un Zéro abattu:

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Traduction de la légende : Un dessin pamphlet contre les Etats-Unis fait d'un gribouillage puéril, retrouvé dans le cockpit d'un avion japonais abattu lors de l'attaque de Pearl Harbor (NdT - On peut bien se demander pourquoi le pilote japonais a pris la peine d'écrire quelque chose en anglais, non ?)


Une publicité de la Société Grumman publiée dans le même numéro que cet article: Flying février 1943

https://nsm09.casimages.com/img/2019/03/07//19030710095910968216148729.jpg

Traduction  du texte: Un zéro pointé pour les Zéros. Des ponts d'embarquement soufflés des porte-avions aux terrains d'aviation labourés de bombes de Waké à Guadalcanal ... les pilotes de notre Aéronavale se battent et volent de victoires en victoires. Ça tourne toujours mal pour Tojo quand l'un de nos gars ramasse la mise face à un Zéro. Le courage américain, la dextérité américaine alliées à un avion tel que le Wildcat dépassent de loin tout ce que le Jap a de meilleur à offrir. Des années d'expérience dans la conception et la construction d'avions dédiés font qu'un avion Grumman donne toujours à son pilote tout ce dont il a besoin. Dans la guerre aujourd'hui ... demain dans la paix ... Grumman donne le ton.


ouaf ouaf ! bon toutou !!

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#2 [↑][↓]  10-03-2019 11:52:47

zinj
Commandant de bord
Date d'inscription: 08-04-2011
Renommée :   81 

Re: [Réel] ArchéoAéro–L’aviation japonaise vue par les Américains en 1943

Sans déconner...presque 100 vues et pas un seul commentaire ! Ce forum est parfois curieux ...

Bravo pour cet excellent et copieux travail que je viens de découvrir ! eusa_clapeusa_clapeusa_clap

MERCI ! smile

Bons vols
zinj

Dernière modification par zinj (10-03-2019 11:57:14)


"Si on met ceux qui brassent de l'air d'un côté et ceux qui le pompent de l'autre, on a la clim gratuite..."

I7-7700K 4.20Ghz, Asus TUF Z270 Mk2, Corsair LPX 16 Go DDR4 3200Mhz, BeQuiet BN212 ATX 850W, Ventilo BeQuiet, GTX 1080-1.66 Ghz ddr5 8Go, SSD Kingston HyperX Savage 480Go, DD 2To SATA 7200, Windows 10 64bits

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#3 [↑][↓]  10-03-2019 20:58:09

cro
Copilote
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Date d'inscription: 30-09-2014
Site web

Re: [Réel] ArchéoAéro–L’aviation japonaise vue par les Américains en 1943

zinj a écrit:

Sans déconner...presque 100 vues et pas un seul commentaire ! Ce forum est parfois curieux ...

Je ne suis pas d'accord avec toi. Pour ma part j'ai manifesté mes félicitations, sauf erreur de ma part, tant pour le travail que pour l'éclairage apporté, et je mets ce topic, sur le point de vue qualité et fiabilité des données, sur le même plan que les topics de Brice; Et ce n'est pas pour ça, qu'a chaque parution, de l'un ou de l'autre, je vais cliquer sur un " J'aime " C'est tellement détaillé, argumenté, expliqué.........Vues 100 fois, c'est parfait et peu, à mon sens. Il faut se " facebooker " pour être bien, de nos jours ?

@philouplaine continue comme ça, tu aimes ce que tu fais, et nous adorons ce que tu nous mets en partage.

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#4 [↑][↓]  10-03-2019 23:39:12

NEPTUNE6P2V7
Pilote Virtuel
Membre donateur
Date d'inscription: 26-08-2009
Renommée :   100 

Re: [Réel] ArchéoAéro–L’aviation japonaise vue par les Américains en 1943

Bien ayant tout lu et pas posté 
je met un pouce bleu .. wink

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#5 [↑][↓]  12-03-2019 22:18:19

philouplaine
Copilote
Lieu: Toulouse
Date d'inscription: 07-06-2010
Renommée :   52 

Re: [Réel] ArchéoAéro–L’aviation japonaise vue par les Américains en 1943

Coucou les zami(e)s,

Voilà quelques réponses à vos commentaires sympas.

Alors, dans l'ordre…

zinj a écrit:

Sans déconner...presque 100 vues et pas un seul commentaire ! Ce forum est parfois curieux ...
Bravo pour cet excellent et copieux travail que je viens de découvrir !

Curieux, oui et non. Bah c'est pas grave! En tout cas, un grand merci pour tes félicitations, zinj.
D'autres posts vont suivre … notamment un long texte d'une quinzaine de pages imprimées de la revue IMPACT qui, pendant la seconde guerre mondiale, était écrite par le service de l'intelligence de l'USAAF à destination des officiers de l'USAAF. Un truc de juin-juillet 1945 qui est une analyse du pourquoi et comment les bombardements stratégiques des 8ème et 15ème Air Forces ont brisé l'Allemagne nazie … un régal avec des chiffres et des coûts avec des cartes ... une mine d'info. Je suis en train de le traduire et je vous le poste bientôt, enfin dans pas trop longtemps. solv_gif

cro a écrit:

@philouplaine continue comme ça, tu aimes ce que tu fais, et nous adorons ce que tu nous mets en partage.

"No problemo", cro … je continuerai… mais me comparer à Brice ça me fait plaisir! On a souvent sur mes posts des échanges complémentaires, c'est vrai. Y'a tellement à poster … tiens comment un ingénieur aéronautique français et un ingénieur américain voient chacun dans les années 1930 comment sera le futur avion de ligne des années 1950 … Très intéressant, je pense. Je traduis et je vous poste ça bientôt aussi … solv_gif

NEPTUNE6P2V7 a écrit:

Bien ayant tout lu et pas posté  je met un pouce bleu .

Cher Neptune, un grand merci pour ton pouce schtroumpfien !!! w00t

Merci à vous tous encore ainsi qu'aux lecteurs moins loquaces !!!
C'est vrai que j'aime ce que je fais, et j'aime le partager aussi !
Philippe


ouaf ouaf ! bon toutou !!

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